La nutrition artificielle: pour qui?

La nutrition artificielle ou entérale, ce sont des aliments diététiques à visée médicale exclusive. Aliments que l'on ne peut plus absorber par la bouche mais par une sonde qui les envoie directement dans l'estomac. Une équipe de chercheurs et de médecins de Clermont-Ferrand a fait le point sur les indications, les contre-indications et les complications de la nutrition artificielle aux Journées Francophones de la Nutrition de Rennes. Aujourd'hui, je vous rapporte ce qui a été dit sur les indications.

La nutrition entérale ne guérit pas un cancer ou une maladie neurologique. Son but est de prévenir ou de traiter la dénutrition pour améliorer l'état du patient. Elle s'adresse aux personnes qui ne peuvent plus manger pendant 1 semaine, ont des apports caloriques très insuffisants (-60%) et une perte de poids de 10% en 6 mois.

Le diagnostic de dénutrition est établi  à partir de la réduction de la masse musculaire, de la perte de poids et de l'IMC, l'indice de masse corporelle, c'est à dire, le rapport entre la taille et le poids.

Outre les critères socio-économiques (pauvreté, précarité), la dénutrition est liée à des pathologies chroniques, comme la maladie de Crohn ou les troubles du comportement alimentaire (anorexie), à des pathologies aiguës comme les cancers ou à des traumatismes (brûlures).

La re-nutrition est donc un outil thérapeutique de 1er ordre mais elle doit se faire de façon très progressive. Un apport trop rapide et trop massif peut tuer. C'est ce que l'on a observé à la fin de la 2ème guerre mondiale lorsque les rares rescapés sont sortis des camps de concentration. Beaucoup sont morts d'avoir été alimentés trop vite. Sollicité brutalement, le système sanguin s'éffondre, entraînant des défaillances cardio-respiratoires dans les 1ers jours de la re-nutrition, défaillances provoquant le décès.

De nos jours, et forts de cette expérience dramatique, la re-nutrition s'effectue doucement et progressivement, avec une supplémentation en vitamines et oligo-éléments, et surtout sous surveillance des paramètres biologiques.

Mon prochain billet sera consacré aux contre-indications et aux complications de la nutrition entérale et, bien sûr au moyen d' atténuer ces dernières.

 

 

Commentaires (1)

Aline
  • 1. Aline | 14/12/2019
Bonjour à tous ,

Merci Françoise pour ces billets (+ celui du 9 décembre sur les complications éventuelles) aussi synthétiques qu'intéressants, donnant notamment un panorama des différentes indications de la gastrostomie. Je viens ici apporter mon expérience de la gastrostomie dans une pathologie pour laquelle elle est rarement utilisée et souvent crainte ou refusée par les patients : les TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE (TCA), que vous citez à juste titre.
Dans mon billet du 18 juin dernier, j'expliquais pourquoi l'aide de la gastrostomie comme complément d'alimentation m'a été indispensable pour moi sortir d'une ANOREXIE chronique grave , avec hypermétabolisme et problèmes digestifs. Sans elle , je ne m'en serais pas tirée et je souhaite convaincre et rassurer les patients anorexiques auxquels leur médecin propose la gastrostomie à titre de complément d'alimentation . Dédramatisons :
- ce n'est pas une punition, mais au contraire une aide importante, décisive pour reprendre du poids plus facilement , en "ramant" moins quand la nourriture "classique" n'est pas suffisante (même si elle est souvent conséquente !) par rapport à nos besoins physiologiques . Comme je l'écrivais précédemment, elle facilite la vie et la reprise de poids, sans vous priver de l'alimentation "normale" !
- on peut d'ailleurs la voir au contraire comme un médicament nécessaire pour sortir pas à pas de la maladie ;
- ce n'est pas non plus du "gavage" comme je l'ai souvent entendu dire par des proches (quand j'ai pris la décision) ou des patients . Ce terme me fait horreur . Dans la mesure où elle est bien expliquée et suivie par un médecin, et où elle est acceptée, il n'y a aucun rapport avec le gavage d'une malheureuse oie à laquelle on n'a pas demandé son avis et qui ne l'a pas vue venir, d'autant moins qu'elle n'en n'a pas besoin physiologiquement, mais uniquement pour satisfaire les besoins des industriels et des consommateurs . Je n'ai jamais eu l'impression d'être une oie que l'on gavait pour récupérer mon corps ou mes organes !
- et puis surtout , la gastrostomie (ou sonde nasale de nutrition entérale) est le plus souvent temporaire, le temps d'aller beaucoup mieux . Vous ne l'aurez pas à vie dans la grande majorité des cas .
Et bien sûr, le recours à la gastrostomie doit toujours s'accompagner d'un bon accompagnement psychologique et médical en général, quelle que soit la pathologie . N'ayez jamais peur de faire part de vos questions, de vos craintes, de vos souhaits à votre médecin .

Par ailleurs, c'est beaucoup moins connu et encore plus rare, dans les TCA , la gastrostomie peut être conseillée par les médecins dans le cas de l'HYPERPHAGIE-BOULIMIE. Pour éviter des pulsions boulimiques incessantes, la nutrition entérale instillée lentement sur la durée apporte en continu (ou sur plusieurs heures) une alimentation donc un apport énergétique et une certaine satiété qui limite les risques de céder à des pulsions boulimiques ou hyperphages. Quand les pulsions cèdent ou diminuent, il y a sevrage progessif de la nutrition entérale.
Mais naturellement, comme pour l'anorexie, la nutrition entérale doit être accompagnée d'un bon suivi médical, psychologique et somatique .

Si vous souffrez de TCA, n'ayez donc pas peur de la gastrostomie que le médecin pourrait vous proposer . Elle vous aidera beaucoup à reprendre du poids et à sortir d'une période difficile . Ce sera une alliée précieuse !

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